Ferme Sylvain Laquerre Inc.

photo: Éric Labonté, MAPAQ

Finaliste du Québec

Sylvain Laquerre, Noëlline Dusablon, Maxime Laquerre – Ferme Sylvain Laquerre Inc., Saint-Casimir, Québec

« Les producteurs doivent évaluer pleinement les effets des changements dans leurs exploitations et maintenir un bon équilibre entre les objectifs environnementaux et les répercussions financières sur l’exploitation. Enfin, il ne faut pas avoir peur d’innover. »

Sylvain Laquerre et sa famille sont des agriculteurs de septième génération à Saint-Casimir au Québec. L’établissement de leur ferme dans la région remonte à 1813. La famille a travaillé pour apporter des modifications considérables depuis le XXe siècle, en innovant pour croître. Au cours des dernières décennies, la production de lait de la ferme a augmenté, passant de 8 kg de contingent en 1980 à 64 kg aujourd’hui, grâce à 62 vaches laitières dans un troupeau de 122 têtes. Ils cultivent 160 hectares de terre et pratiquent la rotation des cultures de la luzerne, du maïs, du soya et du blé pour la consommation humaine.

Les Laquerre sont des pionniers de la protection du bassin hydrographique et de la conservation de l’habitat dans la province. Une petite rivière traverse toute la longueur du terrain de l’exploitation, qui est constitué de champs légèrement inclinés de loam argileux. Le terrain est sillonné de 4 232 mètres de cours d’eau naturels et de 4 092 mètres de fossés agricoles. Reconnaissant la nécessité de considérer les risques environnementaux, Sylvain et sa partenaire Noëlline ont dirigé le projet pilote touchant le bassin hydrographique de la rivière Niagarette. En travaillant en collaboration avec d’autres fermes de la région, leur leadership et leur approche innovatrice ont aidé à stabiliser 1,5 kilomètre de cours d’eau et à planter 49,3 kilomètres de bandes de protection riveraine et de brise-vent. Leur projet a aidé à établir la norme dans la province. Il est à l’origine de la production d’un guide provincial qui a servi dans 50 projets ultérieurs similaires (touchant un bassin hydrographique) dans la province de Québec. Des ateliers ont été organisés à l’intention des producteurs aux sujets des bandes de protection riveraine, de la stabilisation des berges, des profils de sol, des haies brise-vent, des cultures intercalaires et des semis directs sous la couverture végétale vivante.

« Nous entretenons toujours une interaction dynamique avec nos divers conseillers. Nous sommes toujours à l’affût de nouveaux développements et de nouveaux projets afin de contribuer à l’avancement des nouvelles pratiques proposées par divers intervenants. »

Les initiatives de gestion du bassin versant de la rivière Niagarette ont accru la quantité d’animaux sauvages, ce qui a produit des gains en matière faunique, lesquels ont été estimés « remarquables » par la Fondation de la faune du Québec. Il a été identifié 24 espèces d’oiseaux, et de nombreux mammifères, reptiles, amphibiens et poissons. Ils ont installé 25 cabanes d’oiseaux pour attirer des espèces qui se nourrissent d’insectes. La préservation de leurs cours d’eau a permis le retour de l’omble de fontaine, une espèce de poisson qui demande une bonne qualité d’eau.

À la ferme, les Laquerre utilisent un certain nombre de pratiques de gestion pour atteindre leurs objectifs de durabilité. Ils ont abandonné le labour et utilisent le semis direct pour aider à réduire le gaz à effet de serre. Suite à l’implantation du semis direct, ils ont remarqué un recul considérable dans leur coût de carburant et d’entretien des machineries. La structure du sol s’est d’ailleurs grandement améliorée. Leur exploitation a pris de l’expansion et ils ont intégré les bandes de protection riveraine ainsi que les brise-vents pour réduire au minimum les pertes de sol et d’éléments nutritifs dans les cours d’eau. Des brise-vents ont été installés autour des bâtiments et de l’entreposage du fumier pour aider à réduire les odeurs.

Les Laquerre disposent d’un plan environnemental de fertilisation, d’un plan pour les habitats fauniques et d’un plan de relève agricole. Leur programme de fertilisation est fondé sur l’utilisation rationnelle du fumier et les fertilisants sont intégrés au sol à l’aide du semoir pour permettre des économies considérables en matière d’intrants et un rendement optimal dans les champs. Ils font la rotation des cultures pour réduire le risque de maladie et accroître le rendement.

À l’intérieur des bâtiments de ferme, ils ont diminué la consommation d’énergie et réalisé d’importantes économies. Il y a 20 ans, ils ont installé un système qui convertit la chaleur produite durant le refroidissement du lait en eau chaude et l’utilisent depuis ce temps. L’emplacement du refroidisseur a été prévu afin de produire de la chaleur dans le bureau et dans la laiterie en hiver, tandis que pendant l’été, il est placé pour faire en sorte que la chaleur soit évacuée rapidement à l’extérieur. L’éclairage DEL les aide à épargner 75 % des coûts énergétiques en comparaison d’éclairage conventionnel.

La santé et les soins des animaux sont aussi une priorité à la ferme. Les Laquerre ont bâti une étable à façade ouverte non chauffée pour les animaux de remplacement et les vaches taries afin de donner plus d’espace aux animaux, leur permettre de se déplacer librement et de favoriser un meilleur gain de poids. Les Laquerre ont introduit un programme de médecine préventive dès leur début pour veiller à ce que les animaux soient en excellente santé. Les cas de maladie sont traités immédiatement. Les rations des vaches laitières sont équilibrées par un agronome.

Les Laquerre ont investi dans la formation pour mettre en œuvre des pratiques de gestion durable et la gestion des cours d’eau dans le but de réduire leur empreinte environnementale. Ils ont utilisé HOLOS, un programme logiciel informatique, pour calculer et surveiller leurs émissions de gaz à effet de serre. Le logiciel les aide à prendre des décisions de gestion durable comme l’équilibrage des rations des vaches, l’optimisation de l’utilisation des machineries et l’amélioration de la productivité par tête.

Le leadership de Sylvain et de Noëlline et leur volonté de poursuivre l’excellence en gestion signifient qu’ils font partie de nombreux organismes et groupes communautaires pour promouvoir la durabilité à la ferme. Ils ont travaillé avec des organismes gouvernementaux (MAPAQ, MDDEP, MRNF) à l’évaluation des effets des changements qu’ils ont apportés aux cours d’eau durant le projet touchant le bassin hydrographique de la Niagarette. Par ailleurs, ils ont travaillé avec le ministère du Développement durable et des parcs et avec le ministère des Ressources naturelles à la surveillance des résultats de la qualité de l’eau. Ils ont participé au projet pilote de Nature Québec intitulé « vers des fermes 0 carbone » qui a donné lieu à la publication d’un livre à l’intention des agriculteurs. Ils ont participé à deux projets visant le bien-être des animaux en collaboration avec l’Université Laval et à deux initiatives de recherche sur l’introduction de bandes de protection riveraine, toujours en collaboration avec l’Université. Ils ont participé à une étude de Valacta sur la gestion du temps et une autre sur le confort des animaux.

Les Laquerre ont fait partie d’un groupe qui s’est mérité le prix Jean-Paul Raymond de l’UPA, le prix Misez eau du ROBVQ et le prix Valoris de la Chambre de commerce. En 2010, la ferme a gagné le Phénix environnement du ministère du Développement durable et des parcs. Puis, en 2012, la ferme a reçu le prix Coop Fédérée en environnement de l’Ordre national du mérite agricole du Québec remis à l’Assemblée nationale du Québec.

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