Charlebois a tort: la gestion de l’offre est bénéfique pour les producteurs et le Canada

21 Août 2015
Mots clés connexes : Gestion de l'offre
Catégorie :
Politique agricole

Je vous écris aujourd’hui pour exprimer ma déception relativement à l’article écrit par Sylvain Charlebois et publié dans les journaux la semaine dernière. En le lisant, je me demandais comment il était possible qu’une personne qui se surnomme The Food Professor (littéralement, « Professeur des aliments ») sur Twitter puisse à ce point être déconnectée de la réalité en ce qui a trait à l’industrie canadienne des produits laitiers !

Le problème dans le raisonnement de M. Charlebois est que, même s’il s’appuie fortement sur des chiffres et des statistiques, il repose sur de fausses prémisses. Dans son article, M. Charlebois note à juste titre que la diminution totale du nombre de fermes laitières au Canada entre 1970 et 2006 avoisinait 88 %. Cependant, son argument ne tient plus la route lorsque M. Charlebois dit que nous ne savons pas si cette tendance a ralenti et, plus particulièrement, lorsqu’il suggère que, si la tendance se maintient, le Canada pourrait perdre presque la moitié de ses fermes laitières actuelles d’ici 2030. Le problème de cette analyse est qu’elle s’appuie sur la fausse hypothèse que nous ne savons pas si cette tendance a ralenti. Nous le savons pourtant : elle a considérablement ralenti et elle continue de ralentir davantage avec le temps.

Un survol rapide des chiffres de Statistique Canada cités par M. Charlebois démontre que le taux de décroissance du nombre de fermes laitières entre 1970 et 1990 était en moyenne de 3,50 % par année. Au courant des deux décennies suivantes, soit entre 1990 et 2010, le taux de décroissance du nombre de fermes a considérablement ralenti, pour s’établir à 2,87 % en moyenne par année. Les chiffres les plus éloquents proviennent cependant des données des cinq dernières années : entre 2010 et 2014, le taux de décroissance annuel moyen du nombre de fermes a chuté à 1,55 %. Il est donc faux de dire que la tendance n’a pas considérablement ralenti; on pourrait même démontrer sur la base des tendances actuelles qu’il est plus probable que la décroissance du nombre de fermes laitières se stabilise ou s’inverse qu’elle se poursuive ! M. Charlebois espérait peut-être que ses lecteurs n’examineraient pas les chiffres. Si ce n’est pas le cas, peut-être que The Food Professor devrait retourner sur les bancs d’école pour suivre quelques cours d’analyse statistique !

M. Charlebois poursuit en affirmant qu’avec la gestion de l’offre, les fermes canadiennes ne sont pas incitées à innover. En réalité, entre 1973 et 2014, de nombreuses innovations technologiques en matière de production ont contribué à faire augmenter de 134 % le rendement laitier au Canada, ce qui représente un gain important sur le plan de l’efficacité, sans recours aux hormones de croissance qui sont utilisées dans d’autres pays. En effet, la production laitière au Canada a dépassé, durant la même période, celle d’autres pays, notamment les États-Unis (+116 %), le Royaume-Uni (+91 %) et particulièrement la Nouvelle-Zélande (+49 %). De plus, dans les pays non soumis à la gestion de l’offre, seules les grandes fermes industrielles ont généralement la capacité et un flux de capitaux suffisants pour innover. Au Canada, la gestion de l’offre permet aux fermes familiales, même les plus modestes d’entre elles, d’agir librement et d’innover.

Finalement, dans son article, M. Charlebois soutient que la gestion de l’offre ne protège pas les fermes familiales; rien n’est plus faux. Il suffit de regarder ce qui se passe aux États-Unis pour constater ce qui arrive aux fermes familiales en l’absence de gestion de l’offre. Les statistiques démontrent qu’aux États-Unis les fermes doivent abriter 500 vaches en moyenne pour afficher un revenu net positif. Au Canada, grâce à la gestion de l’offre, la taille du cheptel moyen est d’environ 77 vaches et la majorité des fermes familiales affichent un revenu positif modeste. En réalité, l’abandon de la gestion de l’offre donnerait lieu au même genre de domination par les grands producteurs qu’on observe aux États-Unis et forcerait la plupart de nos fermes familiales à mettre fin à leurs activités.

Cette réfutation est, j’en conviens, technique et s’appuie fortement sur des chiffres — et je m’en excuse. Mais je crois que la seule façon de répondre à M. Charlebois est de faire comme lui. En fin de compte, quelle que soit la mesure, la gestion de l’offre est bénéfique pour les fermes et pour le Canada, qu’on se fie ou non à des arguments techniques et à des statistiques pour étayer son discours.

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