Changer la culture de l’agriculture

28 Mars 2016
Mots clés connexes : Advancing Women
Catégorie :
Événements

Debby Zygielbaum (2014) est celle qui exprime le mieux le plus grand obstacle que doivent affronter les femmes qui font leur entrée dans le monde agricole. En effet, elle fait valoir que « les femmes sont invisibles dans le monde agricole et souvent considérées comme la "femme du producteur" ou la "fille du producteur" ». Dans notre société, l’agriculture a toujours été une affaire d’hommes. Il suffit de faire une recherche dans Internet pour lire des milliers de témoignages de femmes de notre industrie qui ne sont pas prises au sérieux et qui se battent pour être considérées comme des femmes d’affaires dignes d’estime.

La prédominance masculine dans les organismes décisionnels nationaux et provinciaux est une autre preuve de la culture masculine qui domine dans l’industrie laitière. Dans les quatre offices de mise en marché du lait de l’Ouest canadien, on compte seulement deux administratrices contre 33 membres masculins aux conseils d’administration. Dans ma province natale, la Colombie-Britannique, aucune femme ne fait partie du BC Milk Marketing Board ou de l’association provinciale des producteurs, la BC Dairy Association. De plus, le conseil d’administration des Producteurs laitiers du Canada ne compte aucune femme. Ce n’est que tout récemment que les femmes ont commencé à participer, en petit nombre seulement, aux réunions des offices de mise en marché régionaux. Or, cette faible participation ne représente d’aucune façon l’importante contribution qu’apportent un si grand nombre de femmes à cette industrie. Je fais partie de la poignée de femmes qui participent aux réunions et aux ateliers régionaux de l’industrie. Je me sens parfois très intimidée, et je serais ravie de voir d’autres productrices s’y impliquer. Je crois qu’il est important que les femmes créent des liens avec d’autres productrices et producteurs dès qu’elles le peuvent. Pour ma part, j’assiste au congrès provincial des producteurs laitiers lorsque je suis en mesure de le faire.

Laura Johnston (2006) a fait remarquer que « l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que les femmes sont responsables de la moitié de la production alimentaire sur la planète. Malgré leur apport à l’approvisionnement alimentaire mondial, les productrices sont souvent sous-estimées et ignorées dans le cadre des stratégies de développement agricole ». Ce n’est pas que les femmes ne sont pas activement à l’œuvre dans ce domaine, mais qu’il existe une désolante inégalité dans la façon dont les hommes et les femmes de notre industrie sont représentés dans les médias. En effet, les femmes sont extrêmement mal représentées ou sont considérées comme étant accessoires dans les médias. Un excellent exemple de cette mauvaise représentation est mise en évidence dans la publicité intitulée So God Made a Farmer [Et dieu créa un producteur agricole], qui a été diffusée durant le Super Bowl de 2013. Cette publicité, qui a pris une ampleur virale, montrait une multitude de fermes et de gens, mais en y regardant de plus près, on y comptait 19 hommes et seulement trois femmes (2013). La publicité se terminait en suggérant que la fierté d’un producteur est à son apogée lorsque son fils décide de prendre la relève. Il s’agit d’un exemple probant du biais sexiste évident en agriculture. En tant que mère de trois filles, j’espère que celles-ci auront autant de possibilités sur la ferme que leurs pairs masculins. On me prend souvent en pitié parce que je n’ai pas de fils pour reprendre la ferme. Or, ce genre de stéréotype doit tomber. Lorsque je suis confrontée à de telles croyances, je me fais un devoir de les contester. Je raconte fièrement l’histoire de notre ferme, et je dis aux gens que je travaille avec mon mari et que je suis son égale!

Pour les femmes, combattre ces stéréotypes, qui existent depuis des lustres, constitue un défi de taille. Je crois fermement que la première étape pour éliminer ces obstacles est de donner aux femmes la possibilité de raconter leur histoire. Les femmes doivent se rallier, créer des réseaux et des systèmes de soutien, et s’en servir pour raconter leurs obstacles et leurs victoires. Les femmes doivent souvent tenter de concilier la vie familiale et le travail. Or, un solide réseau de soutien peut contribuer considérablement à leur réussite. Pour aider à diffuser notre histoire, j’ai lancé une page Facebook et mis sur pied un site Web afin de joindre une audience plus vaste. Bien que notre ferme soit petite et éloignée, je crois qu’il demeure utile d’expliquer ce que nous faisons, et comment nous y arrivons, en tant qu’équipe.

Si nous ne racontons pas notre histoire, qui le fera? Par amour pour mes filles et pour leur bien, j’espère continuer de raconter l’histoire de notre ferme familiale et d’obtenir le respect des gens pour le travail acharné que je réalise en tant que leader et femme d’affaires. Il est temps que les femmes prennent la parole et fassent savoir au monde que non seulement elles sont capables d’accomplir le même travail que leur mari, leurs frères et leur père, mais que dans de si nombreux cas, elles le font déjà quotidiennement, partout au Canada.

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